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L'autisme et la Méthode Alfred Tomatis

Je réponds bien volontiers à la demande qui m'est faite de donner un aperçu de ce que je pense de l'autisme, mais je tiens à préciser d'emblée que je désire simplement évoquer les résultats positifs que nous obtenons dans ce domaine depuis maintenant quelques décades. Il y a certes aussi des échecs et nous tâcherons d'analyser ce qui se passe à l'égard de ces derniers.

Cet essai n'a donc par pour but de définir ce qu'est l'autisme non plus que de cerner ce que peut être son étiologie.

Comme chacun sait, la pathogénie de l'autisme est obscure. Elle alimente à grands renforts dialectiques des discours de spécialistes, au détriment trop souvent de l'enfant lui-même aux prises avec ce syndrome; au détriment également de la famille si éprouvée face à un tel problème. En effet, toutes les structures relationnelles familiales se trouvent perturbées, distordues, dramatiquement désorganisées par un tel contexte.

Ce syndrome existe. Il nous est donné de le rencontrer fréquemment dans nos Centres et de le traiter suivant une méthodologie que je vais décrire.

Je resterai sur un plan uniquement descriptif afin de présenter avec la plus grande objectivité possible les résultats que nous obtenons. On sait que dans un tel domaine, toutes les portes sont ouvertes sur des recherches spécifiques très approfondies en fonction des cas d'espèce.
Pour peu que l'on soit confronté avec l'autisme, on a tôt fait de se trouver devant un « générique » multiforme. Il existe certes un tronc commun, mais aussi mille et un détails qui suscitent autant de tableaux cliniques qu'il y a d'enfants autistes et qui mettent en exergue autant de désorganisations relationnelles qu'il y a de familles impliquées.

Donc, rien ne sera dit ici de l'organicité ou de la non organicité de ce syndrome. Nous ne parlerons pas non plus de facteur génétique. Il s'agit pour nous d'aller à l'essentiel en signalant ce que nous faisons. Quant aux résultats positifs ou négatifs obtenus, il est toujours facile ensuite d'émettre des hypothèses. Elles auront leur intérêt si elles aboutissent à une attitude thérapeutique véritable. Mais s'il s'agit de se gargariser de mots et de susciter des thèses sans issue, mieux vaut se dire que l'on ne sait rien en ce qui concerne l'autisme et que chacun fait ce qu'il peut.

Notre action, dès lors, se développe au niveau d'une pédagogie de l'écoute.

Peu nous importe de savoir pourquoi l'enfant autiste n'écoute pas. Nous sommes assurés seulement qu'il entend - du moins semble-t-il nous le démontrer - mais que délibérément, il refuse d'écouter.

Les conséquences ne se font pas attendre. Refusant d'écouter c'est-à-dire d'intégrer le langage, l'enfant vivra dans un univers sonore d'où la parole sera exclue.

Situation particulièrement pénible, tout aussi éprouvante pour celui qui en est investi que pour la famille qui se trouve on ne peut plus démunie face à ce refus de toute sémantique.

Ainsi l'autiste vit intensément et paradoxalement dans un monde acoustico sonore où toute signification sémantique est éliminée, inconnue. Bien qu'il puisse entendre une mouche voler, il n'est pas capable de percevoir son nom lorsqu'on le prononce à ses côtés. Tout se passe ici comme si un clivage s'était effectué entre le sentir et le percevoir. L'action passive, celle qui le laisse immerger de sons, subsiste parfois même de manière excessive, tandis que le dépassement vers la vigilance d'où émergera la conscience ne se réalise pas.

Il y a donc, comme on le voit, un mécanisme absent, qu'il ait été perdu ou non mature ou inexistant, le fait est là. Il n'y est pas.
De la sorte, les enfants autistes sont assaillis de mille et mille stimulations mais aucune d'entre elles n'entre dans une structuration catégorielle. Ils entendent mais n'écoutent pas. Ils ont des yeux et ne voient pas. Ils ont une bouche et ne parlent pas.

Il est vrai que, sur ce plan, l'autisme est beaucoup plus répandu que l'on ne saurait le croire, et les cas que nous rapportons ici ne sont en fait que des cas extrêmes.

L'univers environnant des enfants autistes est paradoxal, sans liaison, sans synthèse quant au déroulement d'un événement à l'autre. Ils se rassurent à leur façon par quelques stéréotypes qui les fixent sur eux-mêmes, en même temps qu'ils leur donnent un semblant de réalité comportementale.

Le monde se présente à eux sans unité, sans développement. Leur vision est faite d'une succession de clichés espacés. Les sons se manifestent comme des séquences répétitives, sans qu'aucun d'entre eux ne puisse avoir une référence avec la parole. En effet, si un seul mot était sémantiquement perçu, ressenti, le syndrome disparaîtrait.

Il ne s'agit pas, comme on le voit malheureusement si souvent, de « dresser » un enfant à prononcer des mots . Cela n'a aucun sens. Et toutes les démarches éducatives qui sont basées sur ce système sont obligatoirement vouées à l'échec. Elles n'aboutissent en définitive qu'à la verbalisation de quelques dizaines de mots, et cela après des mois ou des années d'efforts.

 

Mais alors que faire ?

La possibilité que nous ayons eue de traiter un grand nombre d'autistes nous a permis de penser que, pour une raison que nous ne cherchons pas forcément à mettre en exergue, le désir de communiquer n'est pas né chez ces enfants. Et notamment le désir de communiquer avec la mère.

Qu'est-ce à dire ? Il nous paraît opportun de rappeler ici que l'oreille est un organe particulièrement précoce sur lequel se greffe le plus ontologique des désirs, celui de communiquer.

L'être humain est en effet une créature éminemment sociale, et le sens de sa communion au groupe n'est concevable que si la faculté d'écouter est rapidement exploitée.

Cette faculté se développe d'autant plus vite que l'oreille humaine, en tant qu'organe anatomique , se termine dès les premiers mois de la vie intra-utérine. « L'embryofœtus » est déjà un écoutant. Et tout l'appareil neurologique qui est appendu à cet organe est opérationnel dès le cinquième mois de la vie fœtale. De plus, le cerveau auditif temporal est achevé à la naissance.

Cette étonnante précession de l'oreille en tant qu'organe de l'écoute permet de comprendre pourquoi il n'est pas excessif de prétendre que le désir d'écouter est le désir le plus ontologique de l'être.

Ce désir d'écouter détermine la condition humaine de celui qui va naître puisque d'ores et déjà sa communication s'établit, en lui révélant son appartenance au monde sonore environnant. Ajoutons que l'oreille fœtale perçoit remarquablement la voix de la mère. Il existe ainsi une intercommunication, une vraie communion entre la mère et son enfant. Les mères le savent très bien. Elles parlent avec l'enfant qu'elles portent. Elles lui chantent des chansons, elles dialoguent avec lui.

Sur ce fond relationnel intime, quotidien, permanent, d'où les bruits trop viscéraux sont heureusement éliminés par le jeu de filtre qu'opère la cochlée en supprimant les sons graves, le fœtus vit déjà l'émerveillement suscité par le ruissellement de la voix de sa mère.

Là, et pas ailleurs, commence le désir d'écouter.

Si pour une raison quelconque, insoupçonnée, ce désir d'écouter ne s'ébauche pas ou s'il meurt dans l'œuf, des troubles profonds de la communication vont apparaître. On en connaît les conséquences.

Quelle va être alors notre action ?

Elle va consister à tenter d'éveiller ce désir d'écouter. Comment allons-nous procéder ?

Lorsque cela est possible, nous enregistrons la voix de la mère, et nous préparons cette voix en la filtrant pour qu'elle soit reçue à la manière dont l'embryofœtus sait la percevoir .

Une technique élaborée de filtrage progressif nous a conduits à établir en détail les différentes étapes de cette perception. Dès lors, les messages collectés et ainsi préparés sont enregistrés sur des magnétophones de grande qualité professionnelle puis injectés dans des complexes électroniques appelés « Oreilles électroniques ».

Ces ensembles sont des modèles qui fonctionnent comme l'oreille humaine elle-même lorsqu'elle se décide à passer de l'audition à l'écoute.

En effet, un jeu musculaire au niveau de l'oreille moyenne déclenche cette décision volitive par un jeu d'adaptation. Si bien que le message qui a sensibilisé l'oreille est non seulement ressenti mais encore perçu, c'est-à-dire apprécié, décodé, analysé en ses différents paramètres. Ce ne sont plus des bruits que le fœtus détecte mais bien toute la dynamique du discours.

Il est stupéfiant de voir avec quelle aisance les enfants autistes, si fortement enclins à ne pas accepter l'univers linguistique, sont immédiatement happés par le désir de percevoir ce nouveau message qui risque soit de leur rappeler un « déjà vécu » (ce que le mot « desirium » signifie étymologiquement, je le rappelle) soit de faire apparaître ce désir d'écouter sur lequel va se construire la communication.

Ceci peut paraître évident dans la mesure où l'on accepte l'importance de l'éveil de la faculté d'écoute, sans doute la plus étonnante des acquisitions parmi les structurations dynamiques humaines.

Il faut ajouter que si la mère le peut, nous lui proposons de faire des séances d'accompagnement, qui vont lui permettre de faire partie intégrante du programme.

En effet lorsqu'une « inclusion » autistique siège au sein d'une structure familiale, c'est la dynamique relationnelle entière qui se trouve fortement perturbée puisqu'il n'existe aucun moyen normal de communiquer. Toute intervention à ce niveau est en effet immédiatement bloqué, rejetée, quelquefois même avec une particulière violence.

Aussi demandons-nous à la famille et plus spécialement à la mère qui a accepté de faire le don de sa voix pour son enfant, de se soumettre elle aussi à une éducation de l'écoute. Cet engagement permet ainsi de faire resurgir, de re-solliciter cet immense désir d'écouter sur lequel toute communication trouve son fondement.

Le cursus consiste donc à faire écouter à l'enfant la voix de sa mère à la manière fœtale au travers de l'Oreille électronique.

Certaines réactions révèlent que nous avons atteint le niveau recherché. Avant de les aborder, signalons que l'enfant accepte généralement les sons filtrés maternels avec enthousiasme, ce que certains adultes, et en particulier certains spécialistes, ont beaucoup de mal à concevoir. Il est vrai que nous procédons de manière progressive. Nous verrons comment ultérieurement.

Parmi les réactions constatées, celles de la vie neuro-végétative sont en général les premières à se manifester, et ceci d'une façon très sensible:

  • Le sommeil devient paisible, tranquille tandis que tout ce qui laissait pressentir des perturbations au travers de cauchemars disparaît.
  • L'appétit se normalise; l'enfant qui mangeait peu auparavant se met à « dévorer » tandis que celui qui était un gouffre demande moins de nourriture. En fait, l'enfant cherche vite une position d'équilibre.

Précisons en passant que le sommeil et la nourriture sont à eux seuls tout un ensemble de communication profonde avec la mère.

Ensuite bien des choses se modifient sur le plan du comportement. Mais là, il faut aider la mère à accepter ces changements, elle qui depuis bien longtemps s'était habituée à des réactions atypiques insolites de la part de son enfant.

  • En règle générale, il devient affectueux avec elle, cherche le contact, aime à se mettre sur ses genoux, à la caresser. Lui-même accepte qu'elle le touche. Il faut, bien entendu, agir progressivement afin de ne pas déclencher trop vite des acquisitions qui doivent, en fait, s'instaurer lentement, naturellement, comme venant d'elles-mêmes.
  • Parfois, au contraire, le rejet de l'enfant vis-à-vis de sa mère est plus marqué, plus fort, sans qu'on en comprenne les causes et surtout sans que l'enfant lui-même sache le pourquoi.
  • De temps en temps, et ce stade est important, l'autiste se met à pleurer désespérément. Il faut le laisser faire. Il faut le laisser pleurer tout son saoul. Il ne sait pas pourquoi il pleure, de même qu'on ne saurait expliquer un tel comportement. Mais les pleurs vont lui permettre de surmonter un état douloureux. Il peut pleurer des heures ... voir un jour ou deux. Il faut le laisser faire, ne pas tenter de le consoler. Il se console lui-même par le fait même de pleurer.

Après l'orage et les pleurs, les rires et la vigilance apparaissent, dans la mesure où la mère sait les accepter. Ce n'est pas toujours le cas. En effet, par leur attitude déconcertante, les autistes sont devenus les objets de leur mère, elle-même devenue leur chose. Et la trame tensionnelle qui s'est ainsi installée peut empêcher que se réalise la réinsertion de l'enfant dans une vie normale.

Nous faisons ensuite intervenir le père. Il suffit de lui expliquer le rôle qu'il doit jouer auprès de son enfant. Il faut effectivement redéfinir son action à l'égard de cet enfant qui ne fut jamais le sien, pourrait-on dire, puisque ne bénéficiant pas de sémantique. Car c'est le langage qui fait que l'enfant devient le fils de son père. Mais un langage bien spécifique par lequel l'information doit passer et sur lequel la loi doit s'ériger.

Le père n'est pas celui qui gronde. Il est celui qui explique, celui qui énonce la loi jusqu'à ce qu'elle soit réellement acceptée . C'est à lui d'en assurer l'application .


Le sommet de l'articulation au niveau de la dynamique relationnelle familiale est certes difficile à atteindre. Il va conduire d'abord l'enfant à rencontrer vraiment sa mère. Celui-ci devra grandir pour la découvrir . Il lui faudra devenir adulte pour l'aimer.

Et il n'est pas du tout dit qu'il y ait acceptation de cet élan relationnel dans le cœur d'une mère si longtemps restée prisonnière d'un fœtus qu'elle portait tout à la fois en elle et hors d'elle.

Si l'on veut que l'enfant soit un devenir en puissance, si l'on veut donc qu'il grandisse, il faut que la mère et le père jouent leurs rôles respectifs, l'enjeu étant, bien entendu, l'enfant. En l'occurrence, la mère lui offre son cœur et le père le langage. La mère seule a droit à l'amour de l'enfant qui s'achemine vers un état de plus en plus adulte tandis que le père voit se réaliser son action dans le devenir de l'enfant.

 

En quoi consiste une cure de pédagogie de l'écoute ?

Tout d'abord un bilan audio-psychophonologique est réalisé en vue de collecter tout ce qui s'est fait ou dit auparavant et de relever éventuellement ce qu'il y a de lésionnel, de psychologique ou rien peut-être...

Ensuite, nous proposons le cursus suivant :

Une première cure mère / enfant est entreprise pendant quinze jours à raison de deux heures par jour c'est-à-dire à raison de quatre séances par jour, chaque séance répondant à un enregistrement d'une demi-heure. Cette cure est, en fait, une sensibilisation à l'écoute et à la communication tant pour la mère que pour l'enfant.

Pour l'autiste, c'est simple, il refuse d'écouter tout ce qui est verbal. Mais pour les parents, certains signes peuvent traduire les difficultés angoissantes qu'ils subissent en permanence dans un tel contexte familial.

Quoi qu'il en soit, il ne sert à rien d'améliorer l'enfant, de le conduire à écouter si l'on n'est pas assuré de susciter une attitude similaire chez la mère . Si celle-ci refuse de s'engager dans la même démarche, c'est à coup sûr vers l'échec, et vers l'échec total, que nous nous dirigeons. Dans ce cas, nous ne prenons pas l'enfant en charge.

Donc mère et enfant viennent au Centre durant quinze jours pour apprendre à écouter et à s'écouter mutuellement. Le séjour se passe en général très bien, d'autant plus que certaines réactions suscitent à la fois de l'apaisement et de l'énergie.

Pendant la cure, certains enfants s'assoupissent tandis que d'autres sont pris d'une frénésie de dessiner ou d'écrire. Ce qu'il est important de remarquer, c'est que tous ceux qui sont invités à entendre certaines séquences sonores semblablement préparées passent par les mêmes thématiques.

La première phase de ce cursus se dénomme le « retour sonique » et s'effectue sur un fond musical mozartien. Elle conduit, en fait, de l'audition normale à l'écoute des sons selon la mode de perception embryofœtale. Cette dernière peut paraître parfois insolite et peut, de ce fait, être mal tolérée. C'est pourquoi il vaut mieux procéder à cette préparation au moyen du retour sonique, et ceci avec discernement et prudence. Selon l'avis du psychologue clinicien, ce premier stade sera plus ou moins long en fonction des éléments d'anxiété collectés lors du bilan initial.

Ensuite, c'est l'imbibition dans les sons fœtaux, embryofœtaux. On a intérêt à poursuivre cette imbibition aussi longtemps que l'on observe des modifications et aussi longtemps qu'elle est acceptée par l'enfant. Il est nécessaire de rester dans cette base de sons filtrés tant que le désir d'écouter n'est pas encore élaboré .

Ce désir d'écouter n'est autre, en fait, que le désir de naître. L'enfant, on le voit, change totalement d'attitude avec sa mère. Il devient plus taquin, plus bruyant, mais babillant. Et l'on a ainsi souvent l'opportunité d'assister à la genèse d'un langage qui s'élabore, au travers des « areu-areu », du babil, des « papas », des « marna », etc.

Là, et là plus qu'ailleurs, il faudra aider la mère et le père à maîtriser leur désir de voir brûler les étapes.

Le désir d'écouter est fragile, lent à se structurer. Il doit susciter le désir de communiquer. Mais il ne faut rien bousculer ou vouloir accélérer les mécanismes de cristallisation de ce phénomène. Pour peu que les parents soient pressants, pour peu qu'ils souhaitent entendre des mots, en faire répéter d'autres, ils risquent de compromettre tout ce qui a été acquis.

Il est à remarquer que, devant un nourrisson qui est désireux de s'enfouir dans le babil puis le langage, tout le monde est respectueux du fait. Tout le monde est admiratif . Par contre, vis-à-vis de l'autiste ou de l'enfant entré dans une voie de refus ou de retard, l'on n'a cesse de le taquiner, de lui demander de redire et de répéter. On le harcèle pour le voir réagir comme un animal de cirque.

Or, dans la circonstance, c'est l'animal qui gagne! Si l'enfant subodore toute cette dynamique distordue, il ne se laisse pas prendre à ce jeu. Et c'est lui qui, volontairement, va subjuguer toute la famille en lâchant les mots qu'il veut quand il le désire, ou en s'abstenant de parler et en refusant de faire ce qu'on lui demande.

L'enfant gagne à ce jeu . C'est vrai. Mais il meurt à nouveau au désir de communiquer.

Ce qu'il faut faire avec un autiste qui commence à désirer parler, c'est recueillir silencieusement et avec amour tous ses dires, noter ses progressions, faire le bilan de ses acquisitions.

Le démarrage est le plus difficile. Après, il y a accélération à mesure que le langage s'allume, la vigilance apparaît. Le regard devient expressif . Les mots commencent à se succéder et plus tard les phrases arrivent.

Tel est le processus de déroulement d'une cure pendant les quinze premiers jours. On observe ensuite trois à six semaines de repos. On ne peut, en fait, aller plus vite que le système nerveux impliqué dans toute cette démarche.

La deuxième série qui dure, elle huit jours, se fait en audition fœtale. Ensuite, et en fonction des réactions et des résultats, nous demandons de poursuivre à la cadence de huit jours toutes les six, huit ou dix semaines, jusqu'à ce que le langage soit normalement structuré. Pendant ces séries consécutives, de nouvelles phases sont franchies sous forme d'accouchement sonique, de prélangage avec chants et comptines, musique mozartienne, mélodies grégoriennes. Puis apparaît la dernière étape, celle du langage.

Est-il besoin de préciser que si l'institution dans laquelle se trouve l'enfant est coopérante, tout est singulièrement facilité et se déroule plus rapidement ?

 

Les résultats

Lorsqu'ils sont positifs, ils permettent à l'enfant de se normaliser. Le travail est d'autant plus aisé que l'enfant est plus jeune, on le conçoit.

Mais ce qui est certain, c'est que nous obtenons dans les cas que nous appelons positifs une restitution du désir d'écouter et de communiquer en même temps qu'une amélioration du langage au fur et à mesure que l'on avance dans la cure.

Ces cas sont de l'ordre de 40 à 60 % . Il existe des échecs, au moins 40 %, sans que l'on sache souvent pourquoi. En effet, certains bilans nous donnent la certitude d'un déroulement facile alors que la suite s'avère beaucoup plus complexe et plus longue. D'autres fois, nous partons pessimistes en pensant que nous entreprenons la cure à titre indicatif, et les réponses s'avèrent bonnes.

C'est bien là que nous devons nous avouer impuissants à connaître la profondeur de la « lésion » - affective ou non - qui a motivé cette fameuse rupture de l'écoute ou la non-éclosion de cette faculté, ce qui revient au même.

Cependant dans tous les cas, nous ne sommes pas autorisés à nous considérer comme battus ou impuissants. Aussi sommes-nous toujours enclins à tenter de commencer une démarche sous Oreille électronique afin de connaître les réactions de l'enfant.

Il est évident que ces cures ont des inconvénients, des inconvénients majeurs. Elles sont onéreuses et fréquentes.

  • Onéreuses par, la mise en œuvre d'un matériel électronique considérable et d'un personnel qualifié.
  • Onéreuses par l'obligation, d'un séjour auprès d'un Centre spécialisé.
  • Onéreuses aussi parce que non encore intégrées, dans les cures d'une thérapie institutionnelle susceptible de prendre tout en charge.

 

En effet, pour les parents, se présenter dans un Centre, prendre un tel engagement, accepter l'investissement d'une dynamique familiale totale, cela a déjà en soi un effet certain. De plus, le train-train routinier vécu dans une institution n'a rien à voir avec tout ce qui forme l'environnement valorisant dont l'enfant bénéficie au cours d'une cure dans un Centre.

Il est vrai aussi que cette nouvelle technique exige la présence d'un personnel qualifié, prêt à s'investir en totalité dans l'éthique d'une telle méthode. Celle-ci ne donne d'ailleurs des résultats aussi positifs que parce que, au sein même du Centre où elle est appliquée, tous les membres de l'équipe travaillent dans une même et unique direction.

Chacun ne fait pas ce que bon lui semble au moment où il lui semble bon de le faire. Tout est centré sur l'écoute, sur les exigences que cette dernière introduit.

On n'entre pas dans la dynamique de l'écoute comme on se promène dans un couloir en flânant.

Il s'agit de prendre en charge celui qui est en difficulté et qui frappe à la porte. Il s'agit de savoir qu'il existe et qu'il est. Il s'agit de se laisser pénétrer par la conscience affinée que l'on appartient au groupe humain.


Entrer dans le domaine de l'écoute constitue un véritable engagement humain puisqu'elle conduit du plan existentiel au plan de l'Essence.

Alfred Tomatis, Paris, février 1986